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lundi 19 novembre 2012

Lutte contre la corruption en Guinée : ‘’The Guardian’’ s’interroge sur le rôle de l’Occident

Dans le secteur des ressources naturelles, les dirigeants démocratiquement élus en Afrique sont en train de lutter contre la corruption. Mais, par des moyens divers, la corruption revient toujours. Ceux qui sont visés par les investigations paient chers pour poursuivre et réduire au silence (les acteurs gênants), ils paient très chers les gourous des relations publiques pour tordre (la vérité) et se disent victimes de diffamation. Les gouvernements impétueux qui tentent d’imposer la primauté du droit sont donc confrontés au pouvoir des avocats et à celui des médias.
Nulle part cette lutte n’a été autant mise en exergue qu’en Guinée. Le premier président démocratiquement élu, après son long exil de militant de la démocratie, Alpha Condé, et son distingué ministre des finances, Kerfalla Yansané, luttent contre l’héritage d’un pillage systémique. Un héritage, mis en lumière à la fois par le Financial Time et Global Witness, est l’allégation selon laquelle les meilleurs gisements de fer au monde, ont été octroyés pour une chanson dédiée à un dictateur militaire, qui a apposé sa signature sur son lit de mort.
Les acheteurs ont défendu l’accord, mais comme l’a indiqué le week end dernier, à Dakar, le milliardaire africain Mo Ibrahim - qui a fait fortune dans les télécoms – « les Guinéens ont-ils accepté des accords stupides, fabriqué des criminels ou fait les deux à la fois ? ».
Au cours de ses 2 premières années, le nouveau gouvernement a introduit un nouveau Code minier, entamé une révision des contrats passés pour s’assurer de leur conformité avec la loi, et installé l’indomptable Aïssatou Boiro à la tête du Trésor public pour imposer l’intégrité dans les flux financiers , tout en s’assurant que ces réformes étaient conformes aux attentes de la communauté internationale. Les attaques en justice et la mauvaise publicité ont suivi, mais le pire était à venir. Vendredi nuit, Boiro a été assassinée en pleine rue. Ses assassins courent toujours.
Depuis deux décennies, l’Occident a été au devant des luttes pour la démocratie et la bonne gouvernance en Afrique. Mais après avoir encouragé des gouvernements comme celui de Condé à se joindre à la lutte contre la corruption, nous avons maintenant le devoir et la responsabilité de veiller à leur réussite. L’intérêt est que nos grandes compagnies minières sont si étroitement surveillées qu’elles sont désavantagées par la corruption : c’est ce qui fait la différence entre elles et leurs rivaux.
Après avoir bouclé l’élection américaine, il est temps pour les entreprises américaines de faire face à cette réalité. A date, leur seule réponse à l’amendement Cardin-Lugar a été une contestation en justice. Or, au lieu de s’enfoncer dans cette stratégie vouée à l’échec, elles auraient été plus avisées d’aller de l’avant. Cardin-Lugar a été imité : ce mois-ci le Parlement européen pourrait l’adopter dans toute l’Europe. Le Canada, qui abrite le principal marché financier pour les entreprises minières de second rang, pourrait réagir en retard, ce qui est certainement sans commune mesure avec son influence.
Le succès des gouvernements africains légitimes dans cette lutte contre la corruption n’est pas seulement dans notre intérêt, c’est en partie notre responsabilité. Inconsciemment, nous fournissons actuellement à la corruption les moyens de revenir en force. Nous ne sommes pas, bien sûr, complices dans l’assassinat de Boiro, bien que son sang doit nous rappeler que les braves gens courageux risquent leurs vies dans cette lutte. Mais les avocats les plus avisés qui comptent dans l’effort de lutte pour la bonne gouvernance ne résident pas comme la Guinée : ils sont à Londres, Paris, New York.
De même, les mouvements clandestins de l’argent sale, essentiel pour la corruption, dont Boiro tentait de retrouver les traces, dépendent d’une armée de facilitateurs comme des avocats, des comptables et des banquiers. Ce sont ces gens qui établissent des sociétés écrans et leur ouvrent des comptes bancaires plus vite que les processus intergouvernementaux d’exploitation forestière ou de coopération juridique. Des gouvernements comme celui de la Guinée sont les premières victimes de ces activités, misérable sur le plan éthique, mais ils sont au-delà de leur capacité à y faire face.
Cela n’est pas, cependant, au-delà de nos propres capacités. Nous pourrions transformer en réalité concrète à travers le système d’entraide judiciaire mutuelle, par lequel les gouvernements sont censés coopérer, pour trouver l’information sur des criminels et des témoins. Nous pourrions exiger des documents qui établissent des sociétés écrans et des comptes bancaires pour retrouver les noms des avocats et des banquiers qui ont facilité ces opérations. Ces personnes pourraient face à leurs responsabilités devant la loi sachant que les autorités pourraient facilement les retrouver. Nos gouvernements et nos associations ont l’obligation de mettre un terme à ces pratiques sans scrupules.
La bataille mondiale la plus critique de notre génération ne sera pas autour du pouvoir économique –ce sera entre nos valeurs et celles de la Chine. Le processus controversé de sélection d’un leader mondial exacerbe cette différence. En Afrique, la Chine, à travers son président a publiquement exprimé sa position : « nous ne nous posons pas de questions » - une approche qui pourrait être illustrée par ses relations avec la Guinée. La junte militaire qui a précédé le président Condé a eu recours aux armes plus horriblement que les tueurs de Boiro, assassinant 157 manifestants pro-démocrates dans un stade. Un mois plus tard, une entreprise chinoise de transport aérien a signé un contrat de plusieurs milliards de dollars.
Si la bataille économique de l’Occident avec la Chine est perdue : le pouvoir va inévitablement changer. La bataille des valeurs peut être gagnée, et si tel est le cas, le déplacement du pouvoir économique aura moins de conséquences. Mais nous ne remporterons pas la bataille des valeurs si nous ne mettons pas de l’ordre dans notre maison. Il faut résolument mettre fin à notre attitude schizophrénique qui prêche la décence, tout en étant les laquais des escrocs et des requins.
In The Guardian (Angleterre)

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